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Les Faux de Verzy.

Des hêtres tortillards ou fagus sylvatica tortuosa dont nul ne connait l’origine.
Site exceptionnel au coeur du Parc Naturel Régional de la Montagne de Reims, ces Faux représentent un patrimoine génétique particulièrement original et rare mais également fragile.

En forêt domaniale de Verzy, d’après un inventaire réalisé en 1981 le nombre de Faux est estimé à près 800 dont les deux tiers dans la réserve biologique (30 hect.). Un phénomène similaire peut être observé sur quelques chênes (11) et des châtaigniers (3).

Un petit peu d’histoire:
au VI° siècle, Saint Basle, évangélisateur de la Lorraine avec Saint Rémi, se fit ermite dans la forêt de Verzy.
Au VII° siècle, une abbaye y fut fondée. Vendue comme bien national à la révolution, elle fut détruite peu après. L’emplacement des Faux serait celui des anciens jardins de l’abbaye de Saint-Basle.
Les plus anciennes descriptions connues de ces arbres remarquables datent de 1664.

Un phénomène biologique:
Il s’agit d’un phénomène inscrit dans le patrimoine génétique des Faux, puisque transmissible par graines. De nombreuses hypothèses ont été avancées depuis le XVIII° siècle pour tenter, sans succès, d’expliquer cet état qui reste aujourd’hui encore une énigme pour la science.
Il existe d’autres sites connus en Europe dont l’importance est cependant bien moindre:
    - Süntel, en Allemagne, près de Hanovre
    - Dalby Soderskogs, en Suède, près de Malmö
Le faible nombre d’individus rencontrés sur ces deux sites ne permet plus d’assurer la viabilité de la population locale.

A ce titre, le site de Verzy constitue une richesse patrimoniale qu’il convient de préserver. D’autant plus que 200.000 personnes visitent ces arbres annuellement.
Le chemin en périphérie de la réserve bordé de barrières en rondins permet de limiter la pénétration humaine sans toutefois empêcher d’admirer les Faux, il sensibilise également les visiteurs à leur protection.

Hêtres mais différents:
Les Faux de Verzy se différencient de leurs cousins les hêtres communs par  une série de caractéristiques facilement reconnaissables.
Tout d’abord par des troncs et des branches présentant des courbures, des changements de
directions ainsi que des renflements, de nombreuses anastomoses et des formes totalement inhabituelles, parfois anthropomorphiques ou animales.

Les dernières ramifications s’entrecroisent comme les mailles très serrées d’un filet et forment un dôme d’où leur appellation «en parasol».
Ces caractéristiques varient en quantité et en variété d’un sujet à l’autre. Ce qui entraine des ports allant du hêtre quasi normal avec quelques renflements et courbures, et s’élevant assez haut vers le ciel, au Fau dont le ou les troncs beaucoup plus courts se tortillent à souhait.

Au printemps et à l’automne on note des différences très nettes dans les dates d’apparition et de chutes des feuilles. Deux sujets proches montrent souvent ce contraste: l’un n’a ni feuilles ni bourgeons alors que ces derniers sont largement ouverts sur le deuxième sujet.

Leur croissance est plus lente que celle des hêtres normaux. La croyance populaire leur attribuait une longévité considérable avant que des mesures scientifiques ne donnent aux Faux les plus imposants l’âge de 300 à 400 ans.

La reproduction des Faux est également un élément déterminant de leur différence. Le marcottage naturel est facilité par la morphologie basse et rampante des branches. Ainsi naissent des sujets «enfants» d’un premier Fau répartis tout autour du tronc initial et dont le port en parasol se rapproche de plus en plus du sol.
Les drageons sont une source de reproduction active alors que celle des semis de graines n’est que peut fonctionnelle sur le site longtemps piétiné et tassé par les nombreux visiteurs.

Un mystère encore à éclaircir:
Depuis qu’ils font parler d’eux, les Faux ont provoqué de multiples interprétations sur leur origine tortueuse. Allant de la malédiction divine aux perturbations dues au sous-sol.
Peu de certitudes aujourd’hui:
    - leur localisation et leur pérennité est due à l’action de l’homme.
    - leurs graines contiennent les caractéristiques de leur développement et de leur reproduction en «tortillard»

Leur étude pose plus de questions qu’elle n’apporte de réponse.
                Et c’est tant mieux pour les poêtes, les rêveurs et les contemplatifs.